#JamaisSansElles s’internationalise

Traduction française d’un article publié dans The Altivist, média danois.

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cjl6ndpfCet article se penche sur le mouvement pour l’égalité des genres #JamaisSansElles – en anglais : ‘Never without her’. Nous examinerons pourquoi il est important de promouvoir l’égalité des genres à travers un activisme qui se situe au-delà du répertoire politique traditionnel visant à provoquer un changement. Après avoir rejoint le mouvement, The Altivist a interviewé les fondateurs de l’association et leur a demandé ce pour quoi ils se battent, pourquoi ils le font, et enfin, bien sûr, ce que nous pouvons faire nous-même pour aider à promouvoir l’égalité des genres. Après avoir présenté l’interview, nous nous concentrerons sur la question clé de l’inégalité des genres et, avec un peu de chance, nous vous aurons motivé à devenir un acteur du changement.

Pouvez-vous expliquer ce que sont votre association et votre mouvement ? Par exemple, quelles sont les causes que vous portez, vos motivations et vos résultats ?

#JamaisSansElles a d’abord commencé par un Appel, signé par un petit groupe de personnes rassemblant des leaders influents dans le domaine de l’économie digitale, ainsi que des artistes et des universitaires. Dans cet appel, les signataires masculins s’engageaient à ne plus participer à des conférences publiques ou des tables rondes, et à ne plus prendre part à aucun comité, panel, jury ou groupe d’experts, si aucune femme ne figurait parmi les intervenants ou parmi ses membres. D’où le nom « Jamais sans elles ».

L’objectif global est de promouvoir ce qu’on nomme en français la « mixité », qui désigne simplement la présence à la fois d’hommes et de femmes en un lieu, dans un environnement ou au sein d’une institution donnée. En d’autres termes, #JamaisSansElles combat la discrimination de genre, mais d’une manière assez originale : par le refus direct d’y prendre part, au niveau des individus. Cela repose simplement sur la prise de conscience de ce qu’il n’est nul besoin de loi, de quotas ou d’incitation directe d’aucune sorte pour promouvoir et établir la mixité. Chaque citoyen, à son propre niveau et dans son propre environnement, peut appliquer le principe fondateur de #JamaisSansElles.

À la suite de cet Appel, diffusé dans les medias et principalement à travers le réseau social Twitter, nous avons créé une Association afin d’accompagner la très forte dynamique qu’il avait engendré, et c’est finalement devenu un véritable mouvement, qui va bien au-delà de ce à quoi nous nous attentions initialement : un nombre toujours croissant d’internautes adoptent le hashtag et partagent de l’information et des commentaires au sujet de la dissymétrie de genre en se référant à notre initiative, et en la relayant dans un large éventail d’environnements et de contextes. Bien sûr, l’association #JamaisSansElles a deux présidents : une femme (Tatiana F. Salomon) et un homme (Guy Mamou-Mani).

L’élément déclencheur du mouvement a été essentiellement l’exaspération, mais pour une fois l’exaspération d’hommes, et non de femmes ! Cela devait probablement arriver. L’absence des femmes dans les positions les plus visibles – pas seulement dans les cercles de pouvoir, mais aussi au sein des diverses instances de la représentation publique, de la communication, de l’expertise et de l’analyse de toute sorte (de l’économie au sport, en passant par les arts, les sciences ou la littérature) – cette absence des femmes devait bien finir par devenir visible aux yeux de tous et, devenant visible, par devenir inacceptable. Et il est vraiment encourageant (et rassurant !) que certains hommes aient en effet commencé à se sentir mal à l’aise, et même fortement agacés de se retrouver entourés uniquement d’hommes dans tant de conférences, panels ou programmes télévisés. Ils ont senti que quelque chose était manifestement vicié dans ce genre de situations. Et si l’on se préoccupe de l’équité entre les genres, alors pourquoi continuer à être complice d’une situation à ce point déséquilibrée, et de manière si évidente ?

L’impact du mouvement s’est avéré très important. Non seulement des hommes influents adoptent l’esprit et la lettre de l’Appel #JamaisSansElles, mais en mettant en avant leur engagement, ils ont une influence directe sur les organisateurs d’événements publics. Ce n’est qu’implicite, mais le message est essentiellement celui-ci : « si vous me voulez dans votre conférence ou votre programme, alors vous devriez – plus exactement, vous devez impérativement – avoir aussi des femmes ! »

Ceci impose donc un nivellement par le haut, induisant une sorte d’effet boule de neige. Et cela s’est avéré remarquablement efficace jusqu’à présent. Non seulement les organisateurs de tables rondes ou de conférences s’efforcent de se prémunir contre le refus de signataires de #JamaisSansElles, mais certains vont jusqu’à s’engager eux-mêmes derrière le mouvement, et cherchent à obtenir le label officiel de notre association pour leurs événements.

En quelques mois, 12 événements ont reçu le label #JamaisSansElles à travers la France. Entre 200 et 300 femmes ont pu intervenir dans divers événements et conférences soutenant #JamaisSansElles. À ce jour, #JamaisSansElles a atteint plus de 27 millions de personnes sur Twitter (175 millions d’« impressions »).
Parmi les nombreux leaders masculins qui ont signé l’appel en France (entrepreneurs, acteurs clés de l’économie digitale, des médias, de l’éducation, de la politique…), citons par exemple Gilles Babinet, entrepreneur et Digital Champion pour la France auprès de la Commission Européenne, ou Stéphane Richard, président du groupe Orange. Même celui qui figure aujourd’hui en tête des sondages pour l’élection présidentielle française de l’an prochain a signé l’appel !

Quels faits et statistiques les plus marquants connaissez-vous au sujet de l’égalité et de la diversité ?

Selon un récent rapport du World Economic Forum, au taux actuel, il faudra attendre 170 ans avant d’atteindre une véritable égalité des hommes et des femmes au travail. Cela n’arrivera pas avant 2186 !

Également, d’après le McKinsey Global Institute, faire avancer l’égalité des femmes ajouterait 10 000 milliards d’Euros à la croissance mondiale d’ici 2025 (soit 11% du PIB mondial annuel).

Quelles peuvent être trois actions susceptibles d’être engagées (par un individu ou au sein d’une organisation, d’un environnement d’éducation, d’un parti politique, etc.) pour promouvoir et accroître la diversité et l’égalité ?

La solution, c’est… le bon sens !
Un bon sens qui fait que les hommes perçoivent à quel point il est absurde, et même grotesque, de participer à un événement publique si manifestement déséquilibré qu’il n’y aurait pas une seule femme parmi les intervenants. Et dès lors que les femmes commenceront à être davantage visibles dans tous les contextes (sociétal, politique, scientifique, économique, etc.), les freins à l’accession des femmes à la prise de parole et à l’espace public pourront se lever. La force de l’exemple et l’évidence de l’égale compétence s’imposeront.
Mais il est important que ce combat soit mené par tous, dans le cadre de la responsabilité individuelle et non dans celui de la loi, et que les femmes cessent de se mettre en position de quasi-subordonnées pour réclamer, ou même quémander une reconnaissance et une visibilité qui ne devraient être ni une grâce, ni une faveur, mais la simple reconnaissance d’une légitimité pleine et entière.

Dans cette perspective, nous pouvons tous contribuer à changer les mentalités. Une image peut valoir mille mots. Une seule photo d’une table ronde sans aucune femme peut agir comme un déclic. Si vous assistez à un événement 100% masculin, vous pouvez en parler autour de vous et avec les organisateurs, et soulever la question sur les réseaux sociaux. C’est efficace. Une telle vigilance citoyenne peut bel et bien produire des effets importants…
Et si vous êtes vous-mêmes un leader ou un expert et que vous participiez souvent à des conférences, vous pouvez prendre pour vous-même cet engagement, et suggérer des intervenantes femmes aux organisateurs.
Enfin, si vous organisez des événements, vous pouvez également vous engager vous-mêmes derrière #JamaisSansElles.

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LES RÉFLEXIONS DE « THE ALTIVIST »

S’adonner ou abandonner

#JamaisSansElles offre la possibilité de sortir de l’impasse des discussions sur les quotas de genres, dont à la fois les partisans et les opposants reconnaissent qu’ils portent en eux des défauts et de possibles pièges. Et ceci parce que, en tant qu’individus, nous voulons être représentés du fait de notre connaissance et de nos compétences, et non de simples traits de caractères comme le genre – ou l’ethnie, la religion… En fait, on peut légitimement soutenir que l’introduction de quotas pourrait même aggraver certains problèmes socialement déterminés. C’est le cas lorsque les personnes restent avec le sentiment d’avoir été choisies pour faire ce qu’elles font simplement en raison d’une représentation archaïque du genre, et parce qu’un quota devait être respecté.

Avec l’action directe proposée par #JamaisSansElles, l’ambition, l’aspiration générale est de créer une prise de conscience parmi les acteurs impliqués dans la politique, les affaires publiques et les medias. C’est un appel à l’action qui rappelle à la fois aux facilitateurs et aux participants que les considérations de représentativité en termes d’égalité des genres et de diversité sont des paramètres fondamentaux qui, il suffit de se reporter aux statistiques, ont été bien trop longtemps reléguées et sous-estimées.

Nous pouvons tous convenir que quelque chose doit être fait, et #JamaisSansElles nous enjoint de nous lever de nos fauteuils et d’agir sur le déséquilibre. L’ironie est ici que #JamaisSansElles vous demande parfois d’agir… en restant assis. Ils appellent à une telle action, considérant qu’il n’y a pas de sens à investir du temps ou à soutenir indirectement une plateforme de débat clairement biaisée du point de vue de genre, tout simplement parce qu’une véritable représentativité lui fait défaut. En acceptant aveuglément les invitations, on abandonne un élément essentiel de la politique ; ceux qui sont invités ont la parole, forment le discours et deviennent l’image et la représentation de référence de certains points de vue et de certaines positions.

L’évasion hors de l’île du what-aboutisme

The Altivist considère cette approche comme une prise de position effective et pragmatique contre la pensée politique dominée par les hommes. Il est urgent, à la fois dans le contexte international et dans le contexte danois, d’augmenter le niveau de représentation féminine. Et il en va de même des personnes de différents milieux socio-économiques, ethniques ou religieux. Méfions-nous néanmoins de l’impasse rhétorique du « what-aboutisme » : une attitude qui n’est pas particulièrement fructueuse et constructive pour envisager et apporter concrètement des solutions. Bien que les discussions concernant d’autres problèmes de représentation asymétrique soient pareillement importantes, cette initiative marque, espérons-le, le début d’une recomposition globale. Nous devrions tous être admiratifs ou reconnaissants de la manière dont un mouvement tel que #JamaisSansElles a ravivé les débats sur la place des femmes en politique. C’est un pas en avant vers un plus grand nombre d’actions et un débat plus constructif. C’est pourquoi nous nous réjouissons de cette revivification de la boîte à outil des progressistes politiques, vers des actions susceptibles de porter les discussions sur l’égalité et de promouvoir la diversité jusqu’en dehors des parlements.

Actions

1. Je rejoins #JamaisSansElles pour apporter mon soutien à une représentation plus égalitaire, juste et réaliste dans les affaires politiques et publiques.

2. En tant qu’organisateur ou participant, je m’abstiens de prendre part ou de mettre en place des débats où un seul genre serait représenté. J’encourage explicitement mes collègues ou co-participants à réévaluer la représentativité globale pour vérifier qu’elle n’est pas biaisée ou que la diversité de la société dans son ensemble est convenablement reflétée.

3. Mon implication dans la création d’un monde plus divers et plus juste ne s’arrête pas aux actions 1 et 2. Je prends part à un mouvement international ou une ONG qui combat pour l’égalité des opportunités et la représentation de tous.

par . Illustration de Viola Wrede.

Never Without Her

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