Jean-Michel Blanquer : pour une gouvernance mixte et un féminisme humaniste (2017)

Cette tribune de Jean-Michel Blanquer a été publiée le le 8 mars 2017 sur Linkedin dans le cadre du programme Influenceur. Dès janvier 2016, il participe au lancement de #JamaisSansElles avec ses fondatrices, Tatiana F-Salomon et Natacha Quester-Séméon, et et les Gentlemen. Devenu ministre de l’Éducation nationale en 2017, il poursuit cet engagement, qui se traduit notamment en 2020 par la signature d’une convention-charte entre le ministère et #JamaisSansElles. En 2026, il est nommé vice-président de l’association, présidée par Tatiana F-Salomon, dans la continuité de son engagement.

Tatiana F-Salomon, Jean-Michel Blanquer, Natacha Quester-Séméon et plusieurs Gentlemen de #JamaisSansElles en janvier 2016.
Club des Gentlemen, janvier 2016. Tatiana F-Salomon, Jean-Michel Blanquer et Natacha Quester-Séméon avec notamment Guy Mamou-Mani, Benoît Thieulin, David-Hervé Boutin et Sylvain Attal, parmi les premiers Gentlemen engagés dans le lancement de #JamaisSansElles.

En janvier 2016, j’ai participé, avec Tatiana F-Salomon, Natacha Quester-Séméon, et une vingtaine d’hommes engagés, au lancement du mouvement « #JamaisSansElles », destiné à promouvoir la mixité dans les médias et plus largement dans les manifestations publiques.

Avec d’autres hommes comme Alexandre Jardin, Gilles Babinet, Henri Gibier, Benoît Thieulin, Xavier Alberti, nous avons donc pris la décision de refuser désormais toute participation à une conférence, plateau, débat dans lesquels les femmes seraient absentes.

Cette initiative a rencontré immédiatement un grand succès car elle répond à une réalité. Nous avons ainsi été rejoints par 120 entrepreneurs, personnalités de la politique et de la société civile qui ont signé notre appel. Un conseil féminin s’est également mis en place pour amplifier cette mobilisation avec notamment Laurence Parisot. #JamaisSansElles se développe aujourd’hui en région, internationalement et bientôt en Silicon Valley. En un an, la mobilisation est fulgurante : près de 34 millions de personnes ont été touchées via les réseaux sociaux, notamment Twitter et LinkedIn (chiffres de 2017).

En lançant ce mouvement, nous entendions favoriser la place des femmes dans le débat public et répondre à une injustice criante. Il y a en France de très nombreuses intellectuelles, chercheuses, entrepreneuses, dirigeantes d’entreprises, artistes ou encore élues reconnues pour la pertinence de leurs travaux, la qualité de leurs analyses, la puissance de leur création ou encore l’impact de leurs actions. Directeur général de l’ESSEC Business School, je mesure chaque jour la qualité des travaux de nos chercheuses et la contribution qu’elles peuvent apporter pour faire progresser le débat public. Je mesure aussi le talent des étudiantes, jeunes entrepreneuses ou doctorantes qui se forment actuellement dans nos écoles. Elles représentent aujourd’hui la moitié de nos effectifs. Elles vont contribuer, à des postes clés, au monde de demain. Elles sont notre avenir.

Pourtant, en 2017 en France, les femmes peinent encore trop souvent à être reconnues à la hauteur de leur talent. Elles peinent même à être entendues, à être visibles dans l’espace public. Pourquoi ? Sans doute parce que, par réflexe ou par paresse, les programmateurs et les organisateurs de manifestations se tournent spontanément vers les experts qu’ils connaissent, vers ceux qui sont depuis longtemps sur le devant de la scène médiatique, en un mot vers des hommes. Dans le monde de l’entreprise, il est démontré que la performance est meilleure quand la gouvernance est mixte.

La visibilité des femmes sur la scène publique et médiatique doit progresser. Dans le pays de la liberté, qui s’enorgueillit d’avoir vu naître Christine de Pisan, Olympe de Gouges, Simone Weil et beaucoup d’autres immenses talents, souvent reconnus trop tardivement, nous devons porter haut la magnifique cause des femmes. Ce n’est pas qu’une question de droits humains, c’est une question de civilisation. Car nous voyons, à l’ère de la « post-vérité », l’avancée de forces obscurantistes dans le domaine religieux comme dans le domaine politique. La société de demain sera éclairée si elle fait toute sa place à celles qui représentent « la moitié du ciel ».

De très belles initiatives ont été prises pour tenter de renforcer la visibilité des femmes dans les médias et dans l’économie. C’est le cas par exemple du programme « entreprendre au féminin » dirigé par Viviane de Beaufort à l’ESSEC Executive Education, qui contribue à ce qu’il y ait plus de femmes entrepreneurs.

Droits des femmes et féminisme : un combat pour l’humanité

 

Mais inciter ne suffit plus. Il faut agir avec détermination pour inverser les choses. Notre conviction, c’est que rien ne sera possible sans une prise de conscience et une responsabilisation des hommes autant que des femmes. C’est le sens de notre appel et de notre combat : les hommes doivent eux aussi agir pour imposer la présence et la prise de parole des femmes partout. C’est aussi le sens de la nouvelle charte proposée aux candidats à l’élection présidentielle pour qu’ils s’engagent à défendre et à promouvoir la mixité à tous les niveaux de la sphère publique.

C’est un combat pour l’humanité et pour la liberté.

Alors aujourd’hui, nous vous invitons à proclamer avec nous : #JamaisSansElles.


Repères — 2026
Jean-Michel Blanquer est vice-président de #JamaisSansElles. Ancien ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, il est aujourd’hui président de Terra Academia, professeur de droit public à l’Université Paris-Panthéon-Assas et président du Laboratoire de la République.

Pour aller plus loin : 

Jean-Michel Blanquer : « le féminisme est un humanisme », interview vidéo 2018

Le ministère de l’Éducation nationale s’engage avec #JamaisSansElles

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